portrait réalisé par le peintre Daniel Frank

Je ne devais probablement pas me retrouver dans une école.

À l’école, je n’étais pas l’élève modèle. J’ai redoublé deux fois et j’ai été orienté vers une classe pour enfants en difficulté.

Je suis né de parents immigrés italiens, mon père était maçon, ma mère lingère, ma soeur couturière.

Chez nous, le travail manuel était une évidence et la persévérance, une nécessité.

À défaut d’être un bon élève, j’avais besoin de faire, construire, comprendre.

Mon apprentissage en menuiserie m’a appris patience, précision et rigueur.

J’y ai découvert quelque chose d’essentiel, la matière ne juge pas. Elle répond à l’engagement que l’on y met.

Pour la première fois, je me sentais à ma place.

La découverte de la création

À vingt ans, le matin, je travaille dans une ébénisterie l’après-midi, j’apprends  auprès d’un artiste peintre-sculpteur.

Entre artisanat et création, je découvre que produire, ce n’est pas seulement fabriquer, c’est aussi penser, ressentir et transformer.

La création ouvre un espace nouveau, un endroit où l’on peut chercher, expérimenter et trouver sa propre manière de voir le monde.

Le déclic

À vingt-trois ans, on me propose de remplacer pendant deux semaines un enseignant d’une classe d’enfants de neuf ans. Il n’y avait personne d’autre de disponible.

Quand on me l’a proposé, j’ai d’abord refusé. Avec mon scolaire, je ne me sentais pas légitime pour me retrouver face à une classe.

Mais on m’a expliqué que cela rendrait vraiment service. Alors j’ai accepté.

Nous sommes la semaine de la chute du mur de Berlin. Pendant que l’Europe voit tomber une frontière, quelque chose s’ouvre aussi dans ma propre vie.

Le premier jour, en entrant dans la classe, quelque chose d’inattendu se produit. Je réagis immédiatement, comme si je savais instinctivement ce que j’avais à faire. Tout est improvisé.

Je propose, j’observe, j’adapte. Et je vois les élèves réagir, participer, s’impliquer.

La classe devient un espace vivant.

Pendant ces deux semaines, je mets en place des situations stimulantes et sans le savoir, j’esquisse déjà les bases de ce qui deviendra plus tard une manière d’enseigner.

Beaucoup des fonctionnements découverts durant ces deux semaines, je les utilise encore aujourd’hui.

À ce moment-là, une évidence s’impose.

Je ne veux plus seulement fabriquer des sculptures.
Je veux transmettre.
Je veux accompagner.

Je veux offrir aux enfants et aux adolescent.e.s ce, au collectif, ce que je n’avais pas su reconnaître lorsque j’étais élève,  la confiance, la curiosité et la possibilité de se découvrir.

Une conviction

Mon parcours n’est pas une revanche sur l’école.
C’est une réconciliation.

Il rappelle qu’un élève en difficulté peut devenir créateur, enseignant ou entrepreneur, à condition qu’on lui laisse l’espace pour chercher et se transformer.

Ma curiosité pour la complexité, la poésie, et l’ amour des gens suffisent à faire vivre Têtard.

Si mon père construisait des murs, j’ai choisi d’ouvrir des portes.

 

La naissance de Têtard

 

 

Parallèlement à mon activité d’enseignement , je développais un travail de sculpture et donnais des cours de dessin dans différentes écoles.

Peu à peu, une idée s’est imposée, créer un lieu où les élèves pourraient développer leur travail artistique dans la durée, accompagnés par des artistes et encouragés à construire un univers personnel.

En 1997, lorsque j’aménage dans des locaux à Lausanne, le projet a pris forme.

Le nom Têtard s’est imposé naturellement. Le têtard ne ressemble pas encore à la grenouille qu’il deviendra, et pourtant tout est déjà en lui. Il symbolise la transformation, la croissance et le potentiel encore invisible.

Un lieu de rencontres et de création

 

 

Depuis sa création, l’école Têtard s’est développée grâce aux échanges avec de nombreux artistes, enseignants et intervenants issus de disciplines variées, dessin, photographie, illustration, design, céramique, gravure, cinéma ou arts plastiques.

Ces rencontres nourrissent l’école et enrichissent les élèves autant que les enseignants.

Au fil des années, l’école a également accueilli de nombreuses expositions d’artistes et développé différents projets artistiques, notamment des ateliers et résidences dans un ancien hôtel à Leysin, où les étudiants peuvent travailler dans un environnement proche de la nature.

Une école pour apprendre autrement

Têtard accueille des élèves venus d’horizons très différents,  certains préparent l’entrée dans une école d’art, d’autres cherchent simplement un espace pour développer leur créativité.

L’enseignement repose sur une conviction simple, la création s’apprend en expérimentant, en observant et en construisant progressivement son propre regard.

Les cours invitent à explorer, à prendre des risques et à développer son sens critique. L’objectif n’est pas de reproduire un style, mais de permettre à chacun de trouver sa voix.

L’école s’enrichit chaque année grâce aux échanges avec des artistes et intervenants issus de disciplines variées. Ces rencontres nourrissent la vitalité de Têtard.

Une lettre aux élèves

Si tu envisages de venir à Têtard, il y a une chose importante que j’aimerais te dire.

Tu n’as pas besoin d’être un génie du dessin pour commencer.
Tu n’as pas besoin non plus d’avoir déjà tout compris à l’art.

Ce qui compte ici, c’est la curiosité, l’envie d’essayer et la capacité de regarder autrement.

L’école est un lieu pour chercher, expérimenter et parfois se tromper. C’est souvent dans ces moments-là que les idées les plus intéressantes apparaissent.

Si tu es prêt à observer, à travailler et à développer ton propre regard, alors tu trouveras ici un espace pour avancer.

Chaque parcours artistique est différent. Le rôle d’une école n’est pas de fabriquer des artistes identiques, mais d’aider chacun à découvrir sa propre manière de créer.

Peut-être qu’un jour, tu regarderas ton travail et tu te diras que quelque chose a changé.

C’est souvent comme cela que commence un chemin artistique.

en 2011 mise en place  de l’espace Saint-Valentin
en 2011mise en place de l’atelier de Sérigraphie EXTRAPLAT
en 2012 mise en place de concevoir l’espace d’exposition Zass
en 2014 mise en place »l’école à la montagne »

2011 - 2018 | l'espace Saint-Valentin

Saint-Valentin : espace d’exposition

Adjoint aux locaux de l’école d’arts visuels Têtard, l’espace Saint Valentin est une idée de Davide d’Ambrosio.

Programmation des expositions:  Mélissa Rérat (historienne de l’art) et Christina Jonsson (artiste peintre). Davide d’Ambrosio  (fondateur de l’espace saint-Valentin)

Pourquoi Saint-Valentin ? Tous les artistes que nous avons exposés

Depuis 2011 | atelier de Sérigraphie EXTRAPLAT

« Extraplat »  permet une production manuelle et expérimentale de la sérigraphie, de ses possibilités multiples d’expressions graphiques et de dessins.

Des productions autonomes aux expérimentations, des recherches de graphistes, illustrateur et d’artistes aux ponctuels workshops, cet atelier est notamment utile à des fins pédagogiques pour des jeunes qui ont aurons la possibilité de pratiquer et développer leur idées.

 

Depuis 2014 | l'école à la montagne ( L'ancien hôtel de la gare du Feydey)

Dans l’air pur et rare des hauts de Leysin, entre les dents-de-lion et les Dents du Midi, entre des écoles américaines, et Japonaises, l’ancien Hôtel de la gare du Feydey est désormais un lieu de création riche et insolite qui échappe à toute (dé)finition.

Ce lieu de ressources et d’expériences organise des camps pour ados , des cours, des workshops, des résidences d’artistes, des productions d’art et des événements culturels.

Histoire :
L’ancien hôtel de la gare du Feydey,  a une très longue histoire et c’est avec passion qu’elle est révélée et recherchée ; cette recherche assidue a apporté de nombreux témoignages et documents historiques.

À L’APPROCHE DES 30 ANS DE TÊTARD

À une année des 30 ans de Têtard,
je mesure le chemin parcouru avec une certaine émotion.

Ce qui me frappe aujourd’hui,
ce n’est pas seulement la durée,
mais la qualité, la richesse des rencontres.

UNE ÉCOLE VIVANTE

Je suis entouré
de professeur.e.s /intervenant·e·s engagé.e.s.

Ils et elles transmettent bien plus qu’un savoir.

Ils et elles m’apprennent encore.

UNE DYNAMIQUE COLLECTIVE

Têtard existe aujourd’hui
grâce à une dynamique collective.

Une confiance partagée.
Une capacité à évoluer.

LA PRISE DE RISQUE

Ce qui me touche,
c’est que cette énergie reste intacte.

Mais s’il y a une chose que ces années m’ont apprise,
c’est la prise de risque.

Ouvrir une école sans modèle.
Faire confiance à l’intuition.
Laisser une place réelle à l’expérimentation.

Avec tout ce que cela implique d’incertitude.

C’est ce qui m’a le plus enrichi.

Chaque risque pris déplace quelque chose.

Dans ma manière de penser.
D’enseigner.
De créer.

Et aujourd’hui encore,
c’est ce qui m’anime.

CONTINUITÉ

Je ne ressens ni bilan, ni aboutissement.

Je ressens une continuité.

La même nécessité qu’au début :

Créer un espace où l’on peut chercher,
se tromper,
grandir,
se découvrir.

Mais au fond, ce qui me traverse aujourd’hui est encore autre chose.

Une sensation presque paradoxale :

Celle que l’aventure ne fait que commencer.

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