À vingt-trois ans, on me propose de remplacer pendant deux semaines un enseignant d’une classe d’enfants de neuf ans. Il n’y avait personne d’autre de disponible.
Quand on me l’a proposé, j’ai d’abord refusé. Avec mon scolaire, je ne me sentais pas légitime pour me retrouver face à une classe.
Mais on m’a expliqué que cela rendrait vraiment service. Alors j’ai accepté.
Nous sommes la semaine de la chute du mur de Berlin. Pendant que l’Europe voit tomber une frontière, quelque chose s’ouvre aussi dans ma propre vie.
Le premier jour, en entrant dans la classe, quelque chose d’inattendu se produit. Je réagis immédiatement, comme si je savais instinctivement ce que j’avais à faire. Tout est improvisé.
Je propose, j’observe, j’adapte. Et je vois les élèves réagir, participer, s’impliquer.
La classe devient un espace vivant.
Pendant ces deux semaines, je mets en place des situations stimulantes et sans le savoir, j’esquisse déjà les bases de ce qui deviendra plus tard une manière d’enseigner.
Beaucoup des fonctionnements découverts durant ces deux semaines, je les utilise encore aujourd’hui.
À ce moment-là, une évidence s’impose.
Je ne veux plus seulement fabriquer des sculptures.
Je veux transmettre.
Je veux accompagner.
Je veux offrir aux enfants et aux adolescent.e.s ce, au collectif, ce que je n’avais pas su reconnaître lorsque j’étais élève, la confiance, la curiosité et la possibilité de se découvrir.